Quel rythme pour les enfants biarrots ?

Dans les prochains jours, la Mairie devrait diffuser dans toutes les écoles biarrotes un questionnaire pour interroger les familles et les enseignants sur l’organisation des rythmes scolaires à Biarritz. Cette information a été communiquée dans les différents conseils d’école qui ont eu lieu au retour des vacances de Toussaint.
La Mairie n’a pas donné beaucoup de précisions sur l’objet exacte de cette consultation mais son calendrier étant particulièrement serré, il semblerait que les parents n’aient pas beaucoup de temps pour approfondir une réflexion nourrie sur des éléments notamment liés à la concentration et au bien-être des enfants pour répondre en ayant en tête les principaux enjeux du sujet.
Le discours officiel oscille entre le politiquement correct “pas de position tranchée sur la question a priori” et le plus pragmatique “la fin des TAP”. D’où quelques inquiétudes à se faire sur cette concertation et probablement une nécessaire mobilisation pour éviter son instrumentalisation.

D’autant que cette initiative semble avoir été prise en dehors de la Commission de préparation de la réforme des rythmes scolaires qui regroupait la Mairie, les enseignants et les représentants des parents. Cette commission jusque-là destinées à synthétiser et à analyser les retours des différents intéressés (enseignants, éducateurs des temps périscolaires, enfants et parents) n’a curieusement pas été mobilisée pour l’élaboration de ce questionnaire.

Comptes-rendus de la Commission de préparation de la réforme des rythmes scolaires :

CR_Commission_Rythmes_Scolaires_2015-2017

CR_Commission_Rythmes_Scolaires_022017

 

En gros, 2 questions principales sembleraient être pointées :

  • semaine de 4 jours ou semaine de 4,5 jours comme actuellement (avec sous-jacente la fin des TAP si retour à 4 jours)
  • horaires journaliers : 8h30-12h et 14h-15h45
    ou 9h-12h et 14h45-17h horaires souhaités par l’équipe de l’école maternelle d’Alsace qui est actuellement la seule école biarrote avec des horaires (8h30-12h et 14h45-16h30)

Il apparait donc que les parents n’ont pas le niveau d’informations suffisant pour être réellement à même de se faire une opinion construite sur la question. D’où quelques éclairages non exhaustifs destinés à aider la réflexion de chacun et peut-être à faire progresser le débat.

 

En 2016, les TAP représentaient 0,4% du budget municipal.

 

Certes, les TAP représentent une ligne budgétaire pour la Ville. Leur coût annuel pour l’ensemble des écoles biarrotes s’élevait à 260.000 euros en 2016 dont 60.000€ pris en charge par l’Etat et 40.000€ par la CAF. Il restait donc 160.000€, soit environ 0,4% du budget municipal, ce qui semble assumable.

Mais la problématique fondamentale et la priorité de chacun devrait être d’améliorer les conditions d’apprentissage, de réduire les tensions et la fatigue de l’enfant et d’instaurer une meilleure qualité de vie dans l’école.

4joursVS45jours.001

La durée de la journée à l’école est de 5h30 avec les nouveaux rythmes de temps contraints (sans compter les temps de trajet, les heures de garderie et/ou de cantine).
Elle est identique pour les enfants de 3 à 11 ans.
Au cours de cette journée-type, les spécialistes ont observé des alternances de temps forts et de temps faibles dans l’attention et la capacité du traitement de l’information.

Temps faibles

Un réveil entre 6h30 et 7h30 (cas le plus fréquent) ne permet pas aux enfants d’être vigilants la première heure de classe (8h30-9h30) , surtout pour les plus jeunes.
A partir de 8h30 il faut entre 30 et 60 minutes pour que les enfants trouvent un niveau de vigilance suffisamment élevé pour qu’ils puissent développer une attention, une réceptivité et une disponibilité optimale.
La mi-journée : entre 12h30 et 14h : dépression de la vigilance corticale (inhérente au cerveau), qui n’a rien à voir avec la prise alimentaire. A 14h tous les enseignants interrogés sont unanimes impossible d’obtenir la concentration des enfants.

Temps forts

Après 9h/9h30 : augmentation de la vigilance et du pourcentage d’élèves mobilisant leurs processus cognitifs. Maximum des capacités intellectuelles jusqu’à 11h/11h30.
Après 15h (jusqu’à 16h30) : augmentation des taux de vigilance et d’attention.
Après 16h : temps propice aux activités physiques et sportives : augmentation du métabolisme, de la température corporelle et de la force musculaire, et une optimisation des coordinations motrices.

Pour un enfant de 5-6 ans, la durée utile des activités pédagogiques pour une journée de classe s’élève à 2 ou 3 heures maximum (parfois beaucoup moins selon les environnements et les conditions de vie) : la durée maximale d’attention soutenue est en moyenne de 15 minutes consécutives.

Ces temps sont des temps maximaux pendant lesquels la vigilance et l’attention sélective des enfants sont suffisamment élevées, pour que les savoirs et les connaissances soient efficacement transmis ; et donc pour que chaque élève ait une plus forte probabilité de bien comprendre et d’apprendre.

René Clarisse (chercheur et chronopsychologue laboratoire de psychologie expérimentale, université de Tours ) estime que le démarrage à 8h30 est trop tôt, et peut amener quelques difficultés pour les enfants (pour débuter la classe et fatigue pendant l’après-midi). Il préconise un début de classe plus tardif, à 9 heures, afin que l’attention des enfants soit idéale tout au long de la journée.

Par ailleurs, en ce qui concerne le rythme hebdomadaire, les professionnels ont constaté que les mardis et les jeudis sont les deux jours de la semaine où les «performances» des enfants sont les meilleures. Il ne serait donc pas idéal par exemple de mettre un créneau de sport le mardi matin au détriment de l’enseignement de fondamentaux.

Souvent, la plage de l’après-midi ne contient pas de récréation en raison de sa courte durée (1h45). Or ,cette coupure apporte un effet de rebond indispensable à l’attention des enfants, elle est «nécessaire».

Enfin, selon Nicole Delvolvé (neuroscientifique-ergonome université de Toulouse ) : « Il y a un mythe des matières nobles à mettre le matin, mais cette configuration fatigue les enfants». Selon, elle, la plage d’attention du milieu d’après-midi (15h-16h30) est la plus favorable aux apprentissages et est celle à retenir en priorité.

René Clarisse et Nicole Delvové préconisent de ne pas raisonner par matière qui n’est pas la meilleure façon de parvenir à l’emploi du temps optimal.
«Raisonner par matière ne veut rien dire, affirme Nicole Delvolvé, car les besoins des enfants changent en fonction des moments de la semaine et de la journée». Selon elle, le matin, le cerveau est plus efficace sur la mémoire déjà utilisée, alors que l’après-midi, il l’est plutôt pour apprendre de nouvelles notions. Quand de nouvelles notions doivent être apprises, il faut alors mettre la matière en question dans le créneau de l’après-midi.
René Clarisse, lui parle plutôt de «charge cognitive», soit le degré d’effort demandé à l’enfant. Il vaut mieux ainsi réserver les matières, ou tout au moins les points exigeants d’une matière pour les plages d’attention favorables du matin et de l’après-midi. En sachant qu’une bonne après-midi est également tributaire des efforts demandés le matin et de la manière dont se déroule la pause méridienne.

Sur le sujet, le magazine Sciences et Vie consacrait récemment un intéressant dossier intitulé : “Rythmes scolaires, les 4 avis scientifiques que personne ne suit” (juillet 2017)

Pour ceux qui n’ont pas le temps d’aller lire tout l’article, voilà les 4 points de conclusion sur lesquels un consensus se dégage si l’on veut tenir compte de l’intérêt des enfants :

  1. Scolariser le samedi matin plutôt que le mercredi
  2. Retarder l’heure d’entrée à l’école le matin
  3. Alléger la journée scolaire
  4. Revoir le découpage des vacances

Le débat est donc ouvert quant aux rythmes scolaires des enfants biarrots pour la prochaine rentrée scolaire. Espérons que les décisions ne seront pas prises seulement dans la perspectives d’économies pour les caisses municipales mais bien dans l’intérêt des premiers concernés : les enfants et leurs enseignants.

 

Pour aller plus loin, Paris, Nantes, Rennes, les autres villes qui font le choix de ne pas modifier le rythme scolaire de leurs écoles :

Ecole : ces villes qui veulent garder leur semaine de quatre jours et demi

(Le Monde de l’Education, )

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