Hôtel du Palais : les 15 élus mobilisés contre le projet ont gagné bien plus que le vote

Ils étaient 17 le 30 juillet, ils se sont retrouvés à 15 le 15 octobre… Entre temps, deux mois de travail, de débats, de coups de fil, d’envois de sms ou de mails, de déclaration dans la presse, de posts sur Facebook ou de messages sur twitter, de pressions et pas forcément celles qui ont été dénoncées dans la presse mais aussi de tractations (ouh… le vilain mot, ou plutôt les vilains maux de ce conseil).

Ces maux, la lâcheté, la paresse, l’intérêt personnel, l’appât du gain ou simplement la reconnaissance soudaine ont conduit à la soirée du lundi 15 octobre en salle du Conseil.

L’événement et je l’ai mentionné dans la revue de presse de mes stories Instagram ce soir-là c’était certes la démission de la principale protagoniste du dossier, Virginie Lannevère. L’élue dont les compétences pour mener à bien un tel dossier étaient inespérées dans une ville de 25.000 habitants comme Biarritz.

Mais cette démission était annoncée, elle l’avait présentée au Maire début août au sortir du Conseil du 30 juillet qui actait le bail emphytéotique pour 75 ans pour la redevance dérisoire de 920.000 € par an (le quart du prix). Lassée de se battre pour obtenir les documents de travail dont elle avait besoin (elle était obligée d’envoyer un huissier avant chaque conseil d’administration).

L’actualité c’était le vote mais tout le monde avait déjà fait les comptes et la partie était jouée d’avance. La pugnacité des opposants en est d’autant plus à saluer que le combat qu’ils ont mené était : inéquitable et de fait perdu d’avance.

Pour autant, ils sont loin d’avoir perdu ce soir-là. La réelle info de ce Conseil, celle que Sud-Ouest a omis de diffuser, c’était la mobilisation du public.

J’avais distribué quelques flyers au marché le samedi et le dimanche. Ma grande surprise était l’accueil si positif que nous avons reçu. Peut-être parce que les flyers n’étaient pas signés et n’avaient pas d’autre ambition que d’informer et de mobiliser ceux qui pouvaient s’intéresser au sujet. L’autre surprise, un échange type que j’ai dû avoir 20 fois minimum ces jours-là :

– Ah, et c’est quand ?

– Lundi soir à 18h en salle du Conseil à la Mairie

– Et on peut y aller?

– Ben oui, c’est public le Conseil municipal

Et certains d’ajouter “ et on peut voter?” évidemment là je leur faisais un petit rappel sur le fonctionnement de la démocratie municipale…

Mais dans les faits, ils sont venus. Nous étions 150 dans le public ce soir-là (+700 connexions simultanées sur la retransmission vidéo), alors que d’habitude nous sommes 12 à peine, peut-être 14 parfois. Et personnellement, je n’arrive pas toujours à tenir jusqu’à la fin et je ne suis pas la seule.

Lundi, les sièges étaient pris d’assaut, nous étions assis par terre sur les tapis, debout contre les murs ou encore appuyés sur l’escalier. Nous étions même jusque dans la salle réservée à la presse. Bref, la démocratie biarrote ne s’est jamais aussi bien portée.

De cette petite foule aussi hétérogène que la société biarrote se dégageait une énergie que je n’avais encore jamais vue entre ces murs. Et au-delà de s’être déplacé ce public est resté malgré l’inconfort, malgré les monologues qui s’éternisaient (évidemment le Maire avait décidé que les déclarations ne seraient pas interrompues par les réponses d’autres conseillers, le meilleur moyen d’assommer les gens par des tunnels de palabres, curieuse conception du débat démocratique), malgré les réprimandes du Maire qui supportait mal les applaudissements qui suivaient les interventions des opposants au projet, malgré aussi les hurlements de M. Saint Cricq.

 

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Le public en salle du Conseil municipal de Biarritz pour le vote des travaux et de l’entrée de Decaux (JCDH) dans l’actionnariat de l’Hôtel du Palais le 15 octobre 2018

Au courage des élus qui s’opposaient à ce projet fou, est venu s’ajouter presque naturellement celui d’une salle de Biarrots lassés d’être tenus à l’écart des décisions qui impactent leur vie au quotidien. Une volonté d’être témoin de tous ces maux qui gangrènent l’assemblée municipale à Biarritz.

Et puis derrière la frustration de n’avoir ce soir-là comme arme que les applaudissements feutrés finalement tolérés, un véritable espoir : celui de ce nombre dans cette salle, de la dynamique qu’il implique et qu’il a communiqué à ceux qui menaient le combat final en première ligne.

Chaque applaudissement les a porté pendant des heures interminables dont ils connaissaient l’issue.

L’impact de cette mobilisation ajoutée au courage dont ces élus ont fait preuve jusqu’au bout, explique qu’à la sortie (je suis restée jusqu’au bout ce jour-là) c’est sur leur visage que l’on pouvait voir des sourires. Ils sont restés ensemble à discuter devant la Mairie avant d’aller boire un verre toujours ensemble. Alors que tous ceux qui ont voté le projet sans jamais parvenir à expliquer leurs motivations sur le fond sont rapidement rentrés se coucher en regardant leurs pieds courbés sous le poids de leur compromission.

Ils m’ont gentiment conviée à leur petit rassemblement au premier étage du Royalty (en gros les élus du Conseil ont 3 adresses : Les Colonnes, chez Pilou et le Royalty). C’était la première fois que j’approchais IRL (in real life) beaucoup d’entre eux. J’étais émue par la soirée mais aussi de les voir ensemble. Du coup, je n’ai même pas eu l’idée de faire une petite video, je l’ai regretté par la suite surtout en lisant les commentaires qui ont suivi. J’aurais pu partager avec vous l’ambiance bonne enfant et bienveillante de ce moment.

Ils n’étaient pas prêts au combat qu’ils ont menés, mais ils ont tenu bon. Le samedi, 2 jours avant le vote, j’avais eu quelques contacts avec certains, ils semblaient épuisés, presque au bout du rouleau. Cette épreuve leur a permis de grandir politiquement. Ils se sont retrouvés autour de leurs valeurs, ils étaient rassemblés pour de bonnes raisons. Ils ont travaillé, ils ont fouillé le dossier, ils se sont écoutés, ils se sont concertés, ils ont partagé leurs idées, leurs analyses mais aussi leurs craintes. Ils se sont mutuellement soutenus.

Je ne crois pas comme Jean-Yves Viollier, que le clivage auquel on a assisté est celui de « la jeune garde » contre ceux qui seraient par opposition « les vieux ». Dans le groupe des opposants, il y a celle qui connait le Maire depuis plus de 50 ans, Françoise Mimiague. Et dans celui qui a suivi le Maire sans se poser de question il y a la benjamine du Conseil municipal, Sylvie Claracq.

Non, le véritable clivage qui a émergé est celui des valeurs, n’en déplaise à Max Brisson qui quelques jours avant le vote critiquait un discours supposé trop « manichéen » . Soit, pourtant ce qui était flagrant ce soir-là c’était bien le courage contre la lâcheté, le travail contre la désinvolture, la réflexion contre la candeur opportuniste, l’écoute démocratique contre l’arbitraire, l’intérêt général contre l’intérêt personnel…

Alors oui, depuis ce vote, nous savons que nous avons des élus dignes de nous représenter de façon honnête et intègre. Certes, ils ont quitté la majorité mais le petit pouvoir qu’il reste aux autres est si éphémère qu’il n’a plus beaucoup d’importance.

Ma seule inquiétude aujourd’hui pour ce groupe concerne deux d’entre eux, les moins enclins à privilégier le collectif au détriment de leur propre image. J’espère qu’ils vont comprendre que leur engagement se densifie aux côtés des autres. La bataille pour les municipales de 2020 n’est pas l’enjeu du moment. Biarritz est une petite ville mais des feux sont allumés dans tous les coins et les Biarrots ont plus que jamais besoin que ce groupe se mobilise pour éviter le pire.

A 15, vous avez gagné notre estime !

Merci François Amigorena, Maider Arosteguy, Guillaume Barucq, Frédéric de Bailliencourt, Hervé Boissier, Édouard Chazouillères, Maialen Etcheverry, Marie-Laurence Hontas, Virginie Lannevère, Françoise Mimiague, Nathalie Motsch, Anne Pinatel, Brigitte Pradier, Nathalie Sauzeau et Richard Tardits.

 

Sauvons Biarritz

J’ai créé un petit groupe fermé sur Facebook, pour que nous puissions nous mobiliser lorsque l’urgence le nécessite sur les sujets proches de nous. N’hésitez pas à le rejoindre. Les publications  son modérées a priori pour éviter d’avoir de jolis clichés des plages (que j’apprécie par ailleurs beaucoup dans d’autres groupes) ou des petites annonces. Ce groupe est fait pour que nous puissions nous soutenir rapidement sur des sujets qui peuvent parfois paraitre anecdotiques mais qui façonnent Biarritz chaque jour. Peut-être qu’ainsi la prochaine fois nous parviendrons à empêcher l’abattage de 20 tilleuls à l’aube…

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