Ocean Start, la réplique parfaite de la Cité de l’Océan

  • Une enquête publique lancée à la sauvette 18 jours avant de consulter les élus sur son utilité et sa pertinence
  • Une parcelle en bordure d’océan dans une zone verte et naturelle qui si elle n’est pas Natura 2000 est au moins protégée par la loi littorale
  • Un terrain humide et enclavé fait de marnes, sables et argiles, un cauchemar pour tout promoteur qui démultiplie les coûts de construction, pire de réels risques de glissements de terrain
  • Un projet de centre de recherche qui s’appuie sur un centre en région parisienne qui est un flop et qui de surcroit doit venir soutenir un autre flop, la Cité de l’Océan.
  • Des riverains et des Biarrots qui se mobilisent de toute part…
  • Et pourtant, la majorité inféodée au Maire corps et âme s’indigne des questions et suggestions des opposants qui tirent la sonnette d’alarme pendant la moitié du Conseil municipal du 18 juillet dernier.

C’est la recette improbable du projet « Ocean Start » ou Pôle d’Excellence sur le Biomimétisme Marin dernier avatar de la politique biarrote qui va toujours plus loin dans l’absence de transparence, le goût pour les catastrophes et pire que tout, le bétonnage continu de notre littoral qui à ce rythme finira par ne plus faire rêver personne.

Mais tout n’est pas joué. La concertation est en cours, elle dure encore 10 jours. C’est le moment d’aller peser pour faire bouger les lignes. Au-delà des arguments de fond que vous pourrez soulever pour apporter votre contribution au dossier; sur la forme, il serait intéressant de demander une prolongation d’un mois de la période de consultation, cela permettrait sans doute une meilleure réflexion en laissant plus de temps pour étudier les documents alors que beaucoup sont partis en vacances en juillet…

Vous retrouverez toutes les infos sur le groupe Facebook du Comité de défense Ilbarritz-Mouriscot , n’hésitez donc pas à le rejoindre.

Le projet est situé en face de la Cité de l’Océan, dont il est séparé par l’avenue de la Milady.

Il se trouve en bordure du réservoir de biodiversité du Lac Mouriscot et des zones humides et coteaux boisés associés (cf. étude Trames vertes et bleues CPIE Littoral Basque du Scot).

Concrètement vous apprendrez dans le dossier en ligne ou consultable à la Mairie avec l’enquêteur, que la procédure a été engagée par délibération du conseil de la Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB) du 10 mars 2018.

Autrement dit l’agglo décide pour nous…

La parcelle concernée mesure 7000m2 sur lesquels si on enlève les voies de circulation  il ne reste que 5000m2. Le projet prévoit une emprise foncière de l’ordre de 2300m2, comme l’explique un riverain sur la video ci-dessous, cette densité de construction sera donc le double de la densité des constructions qui se trouvent autour.

Un premier paradoxe, puisque la zone est classée Ng ce qui correspond à un secteur naturel. Il est d’ailleurs précisé dans le document mis à la concertation « que sont autorisés sous conditions les équipements insérés en milieu naturel, à destination culturelle, sportive ou éducative. Ocean Start est un équipement à vocation économique avec une forte dimension recherche, donc renvoyant à la destination éducative. » Un peu tiré par les cheveux…

Pour info, cette classification Ng s’applique en général à des terrains destinés à accueillir de petites constructions comme des terrains de sport, des golfs, des centres équestres ou encore des équipements pédagogiques en lien avec l’écosystème. Pas un bâtiment de 200 bureaux.

Le 18 juillet, lors des débats qui portaient sur l’aberration topographique liée au choix de ce terrain pour une telle construction, Patrick Destizon adjoint en charge de l’Urbanisme a rappelé à Maider Arosteguy que le terrain de la Cité de l’océan a le même classement (Ng) et qu’en 2008 elle avait voté le projet… Effectivement on ne peut que le regretter, mais ce n’est pas parce que des erreurs ont été faites par le passé qu’il faut continuer et s’obstiner. D’autant qu’on se rappelle du rapport au vitriol sur Biarritz Ocean publié par la Chambre régionale des comptes en 2018 qui pointe dès la livraison des bâtiments le début d’une avalanche de problèmes. Les magistrats y écrivaient « quelques mois après avoir pris possession des biens sans réserve, la ville de Biarritz a dû faire face à de nombreuses malfaçons et sinistres affectant tant la Cité de l’océan que le Musée de la mer », à savoir : infiltration, remontées d’humidité, fissures, corrosions, décollements, problèmes de vitrages, vannes défaillantes, etc. Des sinistres qui ont évidemment entrainé d’importants surcoûts.

Je vous encourage d’ailleurs à lire cette intéressante synthèse du rapport de la CRC.

Reprenons les critères de l’appel à projet :

– Facteurs discriminants : positionnement et image, surfaces disponibles et possibilité

d’extension, contraintes réglementaires et foncières ;

– Facteurs déterminants : accessibilité, insertion urbaine, mutualisation avec équipements existants, couts du foncier.

On découvre également dans l’étude que le projet est conçu pour être en réseau avec l’ensemble des pôles de l’Agglomération déjà inscrits dans l’économie de l’océan dédiés à des secteurs d’activités spécifiques et/ou des types d’activités tels que la Halle Créative, la Cité de l’Océan, le Port de Bayonne, Olatu Leku.

Autant d’arguments qui pousseraient vers d’autres solutions :

  • le site Barroilhet pour sa proximité avec Izarbel et ses 19.000m2
  • la Halle Créative à Jaldaï puisqu’il reste pas mal de m2 disponibles
  • ou encore la future pépinière du Crédit agricole avenue Kennedy qui pourrait être un excellent point de démarrage pour ces activités puisqu’au départ les intervenants seront assez peu nombreux.

Mais alors que les services de la Ville se sont penchés sur 9 hypothèses pour implanter ce bâtiment, il devient impossible de comprendre le choix du site d’Ilbarritz pour le moment toujours protégé.

Pourtant dans le PADD (Plan d’aménagement et de développement durable de 2016) l’agglo affichait sa très forte volonté de limiter l’artificialisation des espaces agricoles, naturels et forestiers.

Ce plan semblait avoir de réelles ambitions au niveau environnemental :

  • ménagement des espaces agricoles, naturels et forestiers, en contenant l’extension de la ville (réajuster les enveloppes urbanisables…) ainsi qu’en privilégiant son renouvellement (optimiser l’usage des sols…)
  • consolidation et valorisation de la « trame verte, bleue » (espaces naturels et cours d’eau) et paysagère
  • intégration du cycle de l’eau et anticipation des risques et des effets du changement climatique.

Malgré tout ça on choisit un terrain protégé…

Pour lever cette protection et ouvrir le terrain à l’urbanisation, une procédure est en cours (la fameuse Mecdu, mise en compatibilité des documents d’urbanisme) avec déclaration de projet du PLU de Biarritz, sous réserve de démontrer l’intérêt général du projet.

L’intérêt général un vraiment challenge à Biarritz

Dans ce même conseil municipal du 18 juillet, le Maire, Michel Veunac, a donc essayé de nous vendre un pôle de recherche sur le biomimétisme ainsi que des starts up susceptibles de réaliser des innovations dans le domaine de l’économie de la mer. Si par hasard, le Maire travaille les dossiers, visiblement il n’y comprend pas grand chose.

Par charité, je ne ferais pas état du pathétique des explications qu’il peine à donner pour faire adhérer au projet si les conséquences aussi bien économiques qu’environnementales ne devaient pas retomber sur Biarritz et les Biarrots dans un avenir très proche. Il est si facile d’être irresponsable quand on dépense l’argent des autres surtout à 74 ans…

Notre cher Michel semble en effet croire que les chercheurs qu’il imagine installer dans le bâtiment travailleront sur la structure même du bâtiment.

Comment dire… reprenons depuis le départ :

Voilà la définition du document de concertation.

« le biomimétisme désigne un processus d’innovation et une ingénierie qui consiste à s’inspirer du vivant pour développer des solutions en répondant aux grands enjeux environnementaux (biodiversité, économie d’énergie, matériaux, eau…) »

Au-delà des définitions pompeuses, le biomimétisme est un concept vieux comme le monde.

« Les techniques de chasse des Inuits leur ont été inspirées par certains mammifères de l’arctique, l’agriculture est née de l’observation du vivant et certains pensent que la tour Eiffel est l’imitation d’une structure osseuse, explique Kalina Raskin, chargée du développement scientifique au Ceebios. De tout temps, l’homme a fait du biomimétisme, mais cela prend aujourd’hui une autre dimension. » (Le Parisien, 23 février 2015)

  • Le bec du martin-pêcheur a servi de modèle au train à très grande vitesse japonais
  • Le Velcro est né de l’observation de plantes dotées de crochets, comme les chardons
  • Les combinaisons de natation profilées sont inspirées de l’épiderme du requin mako
  • Dans le domaine énergétique, la construction, les transports, la médecine ou la conception de matériaux et de cosmétiques, la nature ne cesse de nous inspirer.
  • Imiter les propriétés remarquables d’insectes ou de fleurs pour en tirer profit dans nos activités humaines a un nom :

Tout ça c’est le biomimétisme.

Un bâtiment biomimétique est un bâtiment qui s’inspire et parfois réplique des phénomènes observés dans la nature pour résoudre des questions techniques comme : la climatisation, l’isolation thermique, l’optimisation de l’eau, une gestion vertueuse des déchets, l’intégration dans un paysage…

Mais tout ça ce sera le fruit du travail des architectes actuellement consultés puisqu’ils semblent être 5 à préparer une proposition. Rien à voir avec le travail que les chercheurs que l’on ambitionne de faire venir vont réaliser, à moins bien sûr qu’ils répondent à l’appel à projet, qui sait? Mais sinon, comme Philippe Etcheverry du Comité de défense Ilbarritz-Mouriscot le souligne « pas besoin d’être face à la mer pour faire de la recherche ». Pas besoin non plus d’être dans un bâtiment biomimétique dont le coût atteindra probablement plus de 20 millions d’euros.

N’importe quel entrepreneur face à une telle dépense commencerait par faire une étude de marché pour évaluer la viabilité du projet. C’est là qu’on touche l’argument qui fâche. Il existe depuis 2015 une structure spécialisée sur ces questions, le CEEBIOS, Centre européen d’excellence en Biomimétisme de Senlis. Et ça tombe bien c’est avec eux que la région a choisi de concevoir le projet. Seul hic, contrairement à leurs ambitions (autour de 350 chercheurs, architectes et designers spécialisés) il n’y a aujourd’hui dans les bureaux de Sentis que 9 collaborateurs. Leur bâtiment a donc fini par se remplir avec d’autres activités, en l’occurence une manufacture sous-traitante d’Hermès. (voir Le Parisien du 21 juin 2018)

On voit rapidement se profiler la coquille vide, mais peu d’élus semblent analyser le risque.

L’équipe en place ne se pose visiblement pas plus de questions sur l’investissement qu’il y a 11 ans au moment de la validation de la Cité de l’océan. On fait des bâtiments pour cocher des cases sur un bilan de mandat mais ni leur viabilité ni leur pérennité ne sont envisagées.

Tristement, la phrase du Sénateur, Max Brisson « cela va donner du sens à la Cité de l’Océan » en commentaire d’un post sur Facebook prend un nouvelle portée si on la rapproche de l’intervention de Peio Claverie, adjoint en charge des associations, qui nous expliquait au Conseil que ce projet serait soutenu par des financements européens… Nous y voilà, rappelez-vous le fameux rapport de 2018 de la CRC qui pointait « un modèle économique ambitieux mais irréaliste », avec 1,76 M€ de pertes commerciales depuis 2011 et un projet entaché d’irrégularités de procédures.

« Un tel décalage entre la réalité de l’exploitation et les prévisions initiales conduit à s’interroger sur le réalisme de ces dernières », écrivaient, lucides, les magistrats de la CRC. Face à cette situation, la municipalité a initié en 2015 un plan de relance de 5,9 M€, avec l’aide de la Communauté d’agglomération, du Département et de la Région, tablant sur un équilibre économique désormais conditionné à 350.000 entrées annuelles (soit 100.000 de moins que les projections minimum initialement prévues). Cependant, ce plan revoit aussi à la baisse la redevance versée par la SEM (société d’économie mixte) à la Ville (800.000 € au lieu de 1,18 M€). Critiquée par la CRC cette décision entérine les pertes structurelles pour la Ville puisque Biarritz continue de devoir verser un loyer de 1,18 M€ annuel pendant 30 ans au constructeur du projet, Vinci…

Puisqu’aucun des acteurs qui travaille sur la stratégie de Biarritz Océan ne semble en capacité de rendre le naufrage rentable il faut donc trouver l’argent ailleurs : pourquoi pas continuer de taper dans l’argent public, mais cette fois-ci au niveau européen ça passera beaucoup mieux…

Et pour étoffer cette thèse, il suffit de noter qu’il est préciser dans l’étude que les équipements de la Cité de l’Océan bénéficieront aux acteurs d’Ocean Start tels que la salle de conférence, les salles de réunion, les lieux de restauration, les parkings. Effectivement, on n’a jamais de problème de parking à la Cité de l’Océan, on se demande pourquoi…

La suite à la rentrée de septembre puisque le sujet devrait revenir à l’ordre du jour du Conseil avec le choix du projet architectural. D’ici là, n’oubliez pas de laisser vos commentaires sur le registre 😉 en laissant vos noms (les remarques anonymes ne sont pas prises en compte).

10 commentaires

    1. La première chose à faire est faire une observation sur le registre du dossier de concertation. Le lien direct est en fin d’article. Vous pouvez y poser des questions ou donner votre avis. Vous pouvez aussi demander la prolongation de la période de concertation. Il y a aujourd’hui en tout entre les observations papier et web plus d’une quarantaine de commentaires, c’est pas mal mais il faut continuer.

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    2. A l’heure où la société humaine prend conscience qu’il est plus que jamais temps de planter, de végétaliser, de respecter et d’encourager les capteurs naturels de co2 que constituent les arbres et les végétaux en général, je ne peux pas imaginer qu’un tel projet d’empiètement et de destruction d’une zone littorale agréable et garante du confort de vie des citoyens vivant à la sortie de Biarritz puisse même avoir vu le jour.
      Pôle de recherche… pendant que les antennes IRD ferment les unes après les autres…
      On marche sur la tête !

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  1. Bonjour, ce projet est un non sens au vu du site concerné, de l’importance de la superficie à construire, du coût pour la collectivité, de l’impact sur le littoral, des infrastructures similaires déjà en place,.. Revenez à la raison svp. Nous vous implorons en ce sens. Salutations distinguées

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